Billetterie

TALOS

  • Performance

Arkadi Zaides

France / Israël

  • #paysages aux frontières
1re française
01h00
7€/4€
FABADDICT 4€
Quelle chorégraphie peut émerger à proximité des frontières ? Quelles stratégies restrictives y influencent le mouvement ? Le point de départ de cette création est un projet soutenu par l’Union européenne, intitulé TALOS, prévoyant un système de protection robotisé des frontières de l’Europe. À travers cette performance-conférence, Arkadi Zaides tente de décrypter les différentes rencontres susceptibles de se produire entre humains et technologies dans les zones frontalières et qui semblent impensable aujourd’hui.

 


Interview présente dans le Supplément Inrocks

 

TALOS, votre nouvelle création, aborde la question des frontières et de la technologie. Quelle y est la place du corps ?
   Arkadi Zaides – La première question qui m’a intéressé, c’était de savoir comment je pouvais me déplacer alors que le mouvement de tant d’autres personnes était entravé. Ce travail est en fait une réponse à une initiative intitulée TALOS et financée par l’Union européenne entre 2008 et 2013. Ce projet officiel, auquel ont collaboré dix pays, avait pour but de concevoir un système avancé de surveillance des frontières terrestres de l’Europe. Susceptible d’être déployé en quelques heures à n’importe quel endroit, il impliquait la présence de robots mobiles et semi-autonomes censés remplacer les gardes-frontières humains. Il n’a cependant jamais vu le jour, et est demeuré au stade expérimental. A partir de ma question initiale, j’ai décidé de restreindre mes déplacements sur scène, de mettre en avant les mouvements inhérents au programme de sécurisation des frontières. C’est une spéculation sur un nouveau type de chorégraphie possible dans les zones frontalières, en cas de contact et d’interaction entre les intrus et des corps technologiques mobiles. Le spectacle prend la forme d’une présentation avec des diapositives. Sur scène, un texte prononcé par un conférencier accompagne une projection grand format. Celle-ci alterne divers matériaux tirés d’interviews, de vidéos documentaires et d’autres documents en utilisant principalement l’animation.

 

Comment le projet s’est-il mis en place ?
L’une des premières idées de l’équipe a été de fabriquer un robot doté de propriétés similaires à celles des robots du projet de sécurisation. Nous y avons ensuite renoncé car il ne nous était pas possible de construire une aussi grosse machine pour des raisons de logistique et de budget. Et un petit robot “amical” n’aurait pas pointé la monstruosité de l’original. Contrairement au projet d’origine, nous ne disposions pas d’un budget de 20 millions d’euros. Le spectacle est une réflexion sur les scénarios des zones frontalières, où la technologie tend à remplacer les effectifs humains, et sur ces procédés qui appliquent des protocoles prédéfinis et prennent des décisions lourdes de conséquences pour la vie des gens.

 

Votre travail est-il une réaction au projet TALOS d’origine ?
Dans ma création Archive, j’ai utilisé des séquences sur les colons et les soldats israéliens en Cisjordanie, dont j’ai tiré des gestes physiques. Pendant le spectacle, mon corps accumulait ces gestes, comme une reconnaissance du fait qu’ils étaient inscrits en moi en tant qu’Israélien. Pour TALOS, je suis parti d’un constat analogue : le fait que cette initiative soit financée par des fonds publics nous rend tous responsables de ses conséquences. Le TALOS d’origine offrait une solution rapide à la crise migratoire et, ce faisant, violait un code éthique. En ne nous y opposant pas, nous devons admettre que nous sommes complices.

 

Quel est l’avenir des frontières ?
Le spectacle TALOS s’ouvre sur ces lignes : “Les frontières sont devenues de plus en plus instables. Elles sont en train de devenir mobiles. Elles ne sont plus des lignes claires définissant deux côtés. Intérieur et extérieur ne sont plus fixes. La tâche de préserver la frontière devient plus complexe en l’absence d’éléments physiques construits, il n’y a que des éléments mouvants.” Les tentatives désespérées de certains États membres de l’Union européenne pour fermer leurs frontières et pour ériger des murs et des barrières se révèlent vaines. Les frontières ne sont plus de simples lignes tracées sur une carte mais des appareils d’exclusion, qui découpent le territoire et déchirent des sociétés entières. Ce type de scénario est douloureusement familier à l’ancien citoyen de l’Union soviétique et au citoyen israélien que je suis.

 

Les frontières ont-elles un “rôle” dans votre histoire personnelle ?
A l’âge de 7 ans, je vivais encore en Biélorussie, à 200 km de Tchernobyl. Après le désastre nucléaire, on a détecté dans mon corps des niveaux élevés de radiation. L’intrusion dans le corps de quelqu’un : voilà ma première expérience, la plus profonde, de la frontière. Les frontières m’ont accompagné au fil des ans, elles sont même devenues l’un de mes principaux centres d’intérêt dans mon travail de danseur et de chorégraphe.

Propos recueillis par Philippe Noisette, traduction Jean-Luc Defromont

Arkadi Zaides

Chorégraphe, né en 1979 en Biélorussie, ARKADI ZAIDES a immigré en Israël en 1990. À travers ses projets, le chorégraphe[...]

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Distribution

Concept et direction Arkadi Zaides / avec la collaboration de Claire Buisson, Nienke Scholts, Jonas Rutgeers, Youness Anzane, Effi & Amir (Effi Weiss & Amir Borenstein), Gabriel Braga, Culture Crew, Amit Epstein, Dyane Neiman, Thalie Lurault, Etienne Exbrayat, Simge Gücük

diffusion internationale Key Performance – Julia Asperska & Koen Vanhove / coproduction Les Subsistances, Lyon, CDC Toulouse, NEXT Festival, Lille-Kortrijk-Tournai (Belgique-France), La Maison de la Danse, Lyon, CCNN – Centre Chorégraphique National de Nantes, TanzQuartier Wien, Vienne (Autriche), Wiesbaden Biennale, Wiesbaden (Allemagne), Teaterhuset Avant Garden, Trondheim (Norvège), K3 – Zentrum für Choreographie | Tanzplan Hambourg dans le cadre du projet Together Apart financé par la Fondation Fédérale Culturelle Allemande /accueil en résidence : O Espaço do Tempo, Montemor-o-Novo (Portugal), STUK, Leuven (Belgique), Kunstenfestivaldesarts (Belgique), Dialoghi Résidence pour le spectacle vivant à Villa Manin/CSS Udine (Italie), Tanz im August/HAU Kebbel am ufer (Allemagne) / avec la participation de DICREéAM, du Fonds Transfabrik – Fonds franco-allemand pour le spectacle vivant / Institut des Croisements–Arkadi Zaides est soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Auvergne-Rhône-Alpes dans le cadre de l’aide à la structuration

FAB+

FABlabla

mercredi 11 octobre 18h
Musée d’Aquitaine

conférence participative